Au fil de mes lectures

La princesse et le dragon

In Jan Van de Wetering on 31 décembre 2009 at 10:02

Il revint aux yeux et c’est alors qu’il la reconnut: la princesse enlevée et retenue captive par le dragon. Il avait égaré le livre, mais il revit soudain la page dans tous ses détails. La jeune fille était enchaînée dans une grotte, et l’horrible dragon crachait sur elle des nuages de fumée. Elle regardait bravement le dragon en face. Quand on lui avait donné le livre, il ne savait pas lire: il devait avoir quatre ou cinq ans. Sa mère et sa sœur aînée lui avaient lu si souvent l’histoire qu’il la connaissait par cœur; n’empêche qu’il continuait à leur apporter le livre pour se faire lire le conte. Le dragon était tué par le chevalier aux longs cheveux noirs. Sa haine pour le chevalier avait presque égalé celle qu’il éprouvait pour le dragon, et il avait fini par les détruire tous les deux en frottant patiemment les images de son doigt mouillé jusqu’à les faire disparaître. Mais il n’avait pas effacé Madelin.

Jan Van de Wetering, Le Massacre du Maine, p.85 (Rivages noir)

Papier peint

In Jan Van de Wetering on 31 décembre 2009 at 9:40

Une belle pièce, mais le papier peint était un peu trop chargé. Suzanne avait dû l’acheter en Hollande: un fermier et sa femme, en costume folklorique et en sabots, dansant la gigue dans un paysage de moulins à vent. Seigneur! Il se détourna, mais son regard rencontra toujours le même décor. On dansait la gigue sur les quatre murs. Le commissaire ouvrit tout grands des yeux horrifiés. Le fermier et sa femme souriaient niaisement un millier, des milliers de fois. Il lui faudrait faire tout son possible pour se tenir éloigné des murs.

Jan Van de Wetering, Le Massacre du Maine, p.57 (Rivages noir)

L’ombre et le double

In Vladimir Nabokov on 24 décembre 2009 at 12:54

Le narrateur a un frère siamois. Il raconte ses réflexions d’enfant à la vue d’un petit garçon sans double.

He [a child of seven or eight]  cast a short blue shadow of the ground, and so did I, but in addition to that sketchy, and flat, and unstable companion which he and I owed to the sun and wich vanished in dull weather, I possessed yet another shadow, a palpable reflection of my corporal self , that I always had by me, at my left side, whereas my visitor had somehow manage to lose his, or had unhooked it and left it at home.

Vladimir Nabokov, « Scenes from the life of a Double Monster », in Nabokov’s Dozen